Électrons libres à la Galerie Joyce Yahouda

Ana Rewakowicz, Day (Poland) (2010), Galerie Joyce Yahouda

J’essaie toujours d’écrire assez rapidement sur ce que je vais voir pour que ceux qui lisent ces articles et qui ont envie de faire de même puissent s’y adonner sans avoir à se presser, mais cette fois, j’ai envie de vous parler d’une exposition qui est en place depuis déjà plus d’un mois à la Galerie Joyce Yahouda. Elle prend fin très bientôt, alors si ça vous intéresse, allez-y maintenant! Vite! Parce que oui, c’est une très bonne exposition. En fait, c’est une exposition variée (puisque de groupe), mais ce qui en fait sa force, contrairement à celles qui n’ont pas trop de thème central ou qui ne se manifeste pas vivement, c’est cette volonté de faire converger les pratiques autour de la notion d’électron libre (ça s’appelle d’ailleurs Électrons libres), mais en gardant en tête ses deux horizons lexicaux. En fait, le commissaire Yan Romanesky s’est appliqué à réunir des œuvres connectées autant à l’incarnation scientifique de l’électron, à la figure de l’atome, qu’à son sens plus littéraire, plus ancré dans la marginalité et la liberté.

Un des artistes favoris du Belgo (je parle pour moi, mais je sais qu’il est assez apprécié de tous), Adrian Norvid, était donc tout indiqué pour faire partie de ce projet, ses œuvres naissant d’un désir de révolte et de transgression bon enfant et misant toujours juste. Ici, Norvid expose un très grand travail sur papier de 92 par 200 pouces, Finkola High (2011), où il met en scène des étudiants tous plus caricaturaux les uns que les autres : laids, boutonneux, nerds, musiciens amateurs, fumeurs excessifs, filles superficielles, sportifs musclés. Plus loin, Norvid récidive avec une série de 7 dessins évocateurs et toujours empreints d’humour, dont The Finger (2009), simple doigt d’honneur esquissé en peinture vinylique. Mais Norvid n’est pas le seul à jouer d’humour puisque zipertatou installe quant à lui deux tirages aux univers complètement déjantés et mettant en vedette des… arachides (Les activités du Club-Chorale cyber-pinottes et Cyber-pinottes au Parc Safari (2012)). Assez unique. La divine tragédie : 1977 (2008) de Céline B. La Terreur s’inscrit aussi dans ce registre, l’artiste ayant rendu un hommage métal à Maria Callas, figure marginale à l’époque, véritable électron libre. Le ton est parodique et les effets visuels amateurs ajoutent à cet esprit, comme ces apparitions de crânes et de roses aux couleurs flashy et à la résolution d’image déficiente. Le tableau de David Elliott, Music Box (2012), s’inspire quant à lui de ce genre de montage pas toujours réussi et en crée un de façon très convaincante à l’huile et à l’acrylique (et du coup, ça me rappelle que j’avais bien aimé cet artiste dans une précédente expo au Belgo). La forme concentrique se rapproche de l’atome et le changement de médium s’inscrit définitivement dans une démarche en marge. Bref, encore là, le choix était tout indiqué.

Un de mes projets favoris du lot et en apparence un des moins subversifs, celui d’Ana Rewakowicz, mise plutôt sur l’idée du nomadisme, de se libérer de nos attaches. En trois photos, l’artiste nous permet d’être en Finlande le matin, en Pologne dans le jour et en Finlande le soir, et il est facile de s’imaginer faire la route à vélo et camper sur ces lieux paradisiaques comme le suggèrent les clichés. Inspirant. Pour conclure (parce que je ne commenterai pas chaque œuvre dans le détail, même si c’est un peu ce que je suis en train de faire), disons que Massimo Guerrera s’attaque plutôt au sujet de la liberté de penser, liberté spirituelle, même, tandis que Stephen Schofield, dont on a plus souvent vu les essais sculpturaux, présente une série de dessins ramenant des éléments plus scientifiques, des formes concentriques, et cetera. Et ne serait-ce que pour la disposition de l’oeuvre d’Élise Provencher, nous faisant dos lors de l’arrivée en galerie et que l’on découvre par la suite sous toutes ses facettes (c’est le cas de le dire), celle-ci mérite aussi d’être mentionnée.

Le Belgo est particulièrement tranquille, ces temps-ci, plusieurs galeries ayant fermé leurs portes jusqu’à la fin de l’été, mais il reste de nombreuses choses à découvrir, dont Électrons libres à la Galerie Joyce Yahouda. Et comme c’est en plein dans le Quartier des Spectacles, une visite se combine très bien à un saut dans les festivals montréalais, non?

Galerie Joyce Yahouda, espace 516
David Elliott, Massimo Guerrera, Céline B. La Terreur, Michel Niquette, Adrian Norvid, Ana Rewakowicz, Alana Riley, Stephen Schofield, zipertatou, Élise Provencher
Électrons libres
15 juin au 27 juillet 2013
www.joyceyahoudagallery.com


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