Topologies de Péio Eliceiry à la Galerie Nicolas Robert

Sans titre - Cobalt (2013), Péio Eliceiry, Galerie Nicolas Robert

Il y a de ces expositions qui apaisent les esprits torturés et poussent à une sereine introspection (rien de moins), et celle de l’artiste émergent Péio Eliceiry présentée à la Galerie Nicolas Robert fait partie de celles-ci. Bon, chacun vit les choses à sa façon, bien entendu, mais ce fut le cas pour moi et il y a plusieurs raisons qui expliquent cela, notamment les thèmes, les couleurs, l’aspect flouté donnant l’impression d’un rêve et l’espace sans cloisons de la galerie. Bref, Topologies laisse beaucoup de place aux dérives chimériques et à l’interprétation, et ça fonctionne très bien pour moi, il faut croire.

Péio Eliceiry (que je ne connaissais pas du tout avant ma visite, et qui vient, il y a deux ans à peine, de terminer sa maîtrise en arts visuels) signe une série de toiles monochromes rappelant le négatif photographique et les différentes étapes de développement d’une épreuve argentique. Parfois plus géométriques et parfois plus organiques, les œuvres présentent toutes un aspect vaporeux, imprécis, ou du moins des variations de teintes très subtiles faisant en sorte que les sujets sont souvent difficiles à distinguer. Toutefois, le symbole de la maison se laisse percevoir à plusieurs reprises de même que celui du paysage. On ne sait d’où proviennent ces éléments, quelle importance ils revêtent pour l’artiste. On ne sait pas non plus si ce sont plusieurs vues d’une même maison ou des maisons différentes, ou encore si les paysages se situent dans un même secteur, une même région, un même pays. Bref, c’est un peu pour cette raison que j’écrivais qu’Eliceiry laisse place à l’imagination, aux souvenirs personnels, puisqu’inévitablement, avec quelque chose d’aussi fort que la représentation du chez-soi, il est difficile de ne pas se laisser submerger par la nostalgie.

En travaillant sur l’effacement, sur la disparition de l’image, Eliceiry réussit à établir « […] presque rien afin que tout soit visible, même l’invisible, le négatif, l’externe, le concept, ce qui se situe hors du champ de l’image. »1 D’ailleurs, l’œuvre la plus puissante à mon avis est aussi la moins définie du lot, la plus floue, mais sans tout le corpus qui l’entoure, elle ne saurait être aussi prégnante. En effet, sans les détails plus précis provenant des autres toiles, elle n’apparaîtrait que comme une tentative abstraite tandis qu’avec les indices qui parsèment l’exposition, l’image de la maison revient automatiquement se placer au centre de l’œuvre. On sent très bien sa présence même si Eliceiry mise sur sa disparition.

Je pense donc que la visite de Topologies pourra s’avérer très singulière pour certains, alors que pour d’autres, l’expérience sera sans doute moins concluante, selon le cheminement mental effectué. Pour ma part, j’ai été séduite par la richesse des couleurs et par la façon de reproduire les effets d’un effacement qui pourrait s’exercer, disons, sur un négatif exposé à la lumière. Il vous reste encore presque deux semaines pour aller profiter de tout ça à la Galerie Nicolas Robert, alors allez-y!

1 Extrait de la documentation de l’exposition.

Galerie Nicolas Robert, espace 524
Péio Eliceiry
Topologies
20 avril au 18 mai 2013
www.galerienicolasrobert.com


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