Mise en échec de Noémi McComber à Optica

Optica, Noémi McComber, Une autre bière

Je parle beaucoup d’œuvres vidéos, ces temps-ci, je m’en rends compte, mais il faut dire qu’il y a eu de très bonnes propositions ces derniers mois, et je pense que je suis de plus en plus sensible à ce genre de pratique qui, dans les faits, peut prendre une multitude de formes — documentaire, expérimentale, contemplative, et cetera — intégrer le dessin, la peinture, bref, inclure à peu près tous les champs des arts visuels. Dans le cas de Mise en échec de Noémi McComber, qu’on présente en ce moment à Optica, c’est plutôt le performatif qui a été mis de l’avant, et bien que ce ne soit pas l’avis de tous, je trouve que le format vidéo se prête tout à fait à une telle approche.

McComber a donc produit quatre vidéos-performances mettant en scène des problématiques de l’espace privé et des relations de couple, envisagées dans une perspective résolument féministe. En entrant dans la galerie, ce qui frappe d’abord, c’est le son ambiant, puisque trois des quatre vidéos sont présentées sans écouteurs, se contaminant l’une l’autre. Le brouhaha auditif aurait pu être agaçant, mais j’ai plutôt senti ici que le bruit des coups de hache, par exemple, de l’œuvre À travers l’ouverture (2012), et celui des bouteilles cassées sur le béton de Prise d’assaut (2012) s’accordaient particulièrement et que ce débordement ajoutait même au propos. En effet, en m’imprégnant du seul travail où le spectateur doit se munir d’écouteurs où l’artiste répète sans cesse « non » à un interlocuteur inconnu, le martèlement des trois autres œuvres me parvenait en toile de fond et j’avais l’impression, en quelque sorte, que l’incapacité à se couper de ces sons brutaux reflétait bien la difficulté à se sortir d’un cercle de violence.

D’ailleurs, cette idée est très présente dans le curriculum de McComber, et dans Une autre bière (2013), l’image ne peut être plus claire. On y voit une série de bouteilles (de bière, évidemment) disposées en un cercle au sol, projetées une à une sur un mur de béton par l’artiste. Dans le cursus de McComber, Lost Carroussel (2006-2008) s’attaque aussi à cette figure du cercle, alors qu’un cheval de manège « suit un parcours déjà tracé, suivant un mouvement circulaire, incapable d’échapper à la ronde »1 Et malgré que ce soit le cas pour la grande majorité des propositions d’art vidéo, le fait que tout soit présenté en boucle renforce ici le propos.

L’œuvre la plus intéressante à mon avis ne joue toutefois pas sur cette symbolique, se contentant de montrer l’artiste se tailler une ouverture dans un mur à l’aide d’une hache pour s’extirper de l’autre côté. On voit tout de suite l’idée, mais selon moi, la force de cette performance réside dans la façon dont le geste est porté. On sent que les coups sont assenés avec peine et que l’opération s’effectue avec l’énergie du désespoir, une entaille à la fois. La subtilité de cette proposition dépasse toute la puissance agressive du reste de l’exposition, bien que chaque partie soit pratiquement indissociable de l’ensemble, et c’est ce que j’apprécie dans ce cas.

Pour la simplicité et l’honnêteté du processus et pour les réflexions que Mise en échec suscite, je vous invite à vous rendre à Optica dans le prochain mois, et profitez-en aussi pour explorer le travail de Hyang Cho qui investit la salle du fond.

1 Phrase empruntée au site personnel de l’artiste.

Optica, espace 508
Noémi McComber
Mise en échec
16 mars au 20 avril 2013
www.optica.ca


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